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Alice Cathelineau, Directrice artistique de la compagnie Opéra sur le toit

Cultures With
14 avril 2015
" L'opéra en collège REP est une expérience de socialisation réussie." De septembre 2014 à avril 2015, la compagnie Opéra sur le toit a proposé à une classe de 5ème du collège François Villon, situé dans un quartier du 14ème arrondissement de Paris classé 'politique de la ville', un parcours éducatif autour de l’opéra. Au cours d’ateliers de musique et de théâtre, les élèves ont été invités à monter leur propre spectacle musical*. Des sorties, concerts et spectacles,  ont prolongé cette expérience. Les chanteuses lyriques de renommées internationale Stéphanie d’Oustrac et Magali Léger ont marrainé cette expérience.

A première vue, tout semble séparer le fastueux monde de l’opéra et celui d’adolescents fréquentant un établissement relevant des réseaux d’éducation prioritaire (REP). Pourtant, une rencontre avec cet univers peut s’avérer tout à fait structurante pour eux. Ce que nous cherchons à transmettre avant tout est une démarche de créativité collective, or celle-ci nécessite d’une part l’apprentissage d’un certain nombre de techniques et d’autre part l’intériorisation d’un certain type de comportement.

Un apprentissage technique lié à une démarche créative
L’expérience  des élèves repose d’abord sur l’apprentissage basique de deux disciplines de la scène : la musique et le théâtre. Nous leurs enseignons donc d’une part les bases de la technique du chant, de l’harmonie, et du rythme et d’autre part celles de la diction et du jeu. Mais ce qui est fondamental pour nous c’est de réussir à enseigner ces éléments en passant par l’improvisation. L’apprentissage de la règle passe par celui d’une utilisation créative de la règle. Par exemple, dans la première phase du projet, après un échauffement rapide de la voix, après avoir bien identifié deux hauteurs de sons distants d’une quinte les enfants doivent, chacun leur tour, improviser autour de ces sons, pendant que les autres élèves continuent de tenir les sons principaux. Par la suite, les élèves doivent apprendre par cœur textes, musiques et chorégraphies créées par les artistes de l’équipe pour eux. Là encore, à la contrainte du par cœur est jointe la créativité de l’interprétation, des propositions musicales et scéniques qu’ils peuvent faire à partir du canevas proposé.

La mise en place de comportements favorisant la créativité
L’expérience que nous proposons repose sur l’intériorisation d’un certain nombre de comportements nécessaires au bon déroulement du projet. Pour qu’une improvisation soit possible, l’attention de chacun des membres de la classe est mobilisée. Les élèves doivent apprendre à porter un regard nouveau sur leurs camarades. Seule l’écoute et la bienveillance peuvent donner un climat favorable à la créativité et permettre l’apparition  d’un sens  de l’initiative fructueux pour tous. Enfin, l’expérience de l’effort continu menant à un beau résultat est structurante pour les élèves. Avoir un résultat artistique satisfaisant est loin d’être immédiat. Les séances de répétitions ne sont pas toujours évidentes pour les élèves, mais la fierté provoquée par le beau spectacle, celui dans lequel on est fier d’apparaître et de se faire applaudir par ses pairs, ses parents, ses professeurs, cette fierté-là, ils doivent se rendre compte qu’elle a un prix.
Dans une société où l’immédiateté des désirs et la sursollicitation des sens est encouragée par les médias de masse, une éducation artistique sur le moyen et long terme met en perspective l’effort par rapport à la puissance du résultat.

La valorisation de soi comme socle d’une socialisation réussie
Ce jeu subtil entre créativité et règle adossé à l’expérience d’un effort continu pour se perfectionner représente, à mon sens, un principe fondamental de l’apprentissage d’un art. N’est-il pas aussi celui d’une bonne socialisation des individus ?
L’expérience que nous proposons est un parcours éducatif complet au cours duquel, l’effort est mis en perspective par la fierté du spectacle bien réalisé, le plaisir et créativité. Créer donne à ces enfants une image valorisante d’eux-mêmes, que souvent, ils n’ont pas l’occasion d’avoir dans le cadre scolaire. L’expérience peut donc finalement participer à un rapprochement de ces enfants avec l’apprentissage scolaire. Plus largement, cette perception de soi-même au sein du groupe m’apparaît comme nécessaire à une socialisation réussie.
L’expérience est un véritable challenge pour les artistes intervenants - je salue au passage le travail de mes merveilleux collaborateurs Flora Donars, Marina Meinero, Maxence Grimbert-Barré, Louis Fatus, et le soutien sans faille du collège sans qui rien de tout cela n'aurait été possible - mais le jeu en vaut la chandelle. Quand des enfants perpétuellement en rébellion contre l’autorité, ayant d’énormes difficultés à se concentrer, menaçant de quitter le projet pour un oui ou pour un non, se retrouvent, à la fin du projet, sur scène, avec une énergie collective immense et terminent dans les loges en pleurs de joie et de fierté, on peut se dire que quelque chose s’est produit en eux. Bien sûr, nous ne parlons pas de magie mais d’éducation. Un éclair ne sera jamais qu’un éclair. Il faudra donc alimenter cette étincelle et nourrir en eux une vision positive d’eux même par la créativité, sur le long terme, en leur permettant de cultiver leurs talents pour devenir des citoyens épanouis.

Pour cela, je ne peux que plaider pour le bienfondé des classes à projet artistiques et culturels mais aussi pour la nécessité éducative d’aller plus loin, de permettre à tous les enfants, et particulièrement ceux issus de milieux populaires, de cultiver un talent artistique. Le « sistema[1]  » Venezuelien devrait être un modèle international.

*Happiness Factory, texte Flora Donars, musique Maxence Grimbert-Barré, mise en scène Flora Donars et Marina Meinero, direction de chœur Alice Cathelineau, violoncelle Louis Fatus.

[1] Fondé en 1975 par José Antonio Abreu, « el sistema » est un programme d’éducation musical financé en majorité par des fonds publics qui permet à tous les enfants des rues de bénéficier d’une formation musicale.

Alice Cathelineau est chanteuse lyrique et dirige artistiquement la compagnie Opéra sur le toit. Après des études de lettres, de chant, et de management de la culture, et après avoir travaillé pour de grandes institutions culturelles (Théâtre du Châtelet, Orchestre de chambre de Paris etc.), elle développe parallèlement une carrière artistique et de direction de compagnie. Convaincue de la nécessité de rendre l’enseignement artistique accessible à tous, elle monte des projets de sensibilisation à l’opéra et aux arts de la scène dans des quartiers sensibles depuis 2010.

Pour aller plus loin:

Le site web d'Alice Cathelineau

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