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Nollywood ou l’émergence à deux mesures

Forum Jeunes
17 décembre 2015
« Nollywood ou l’émergence à deux mesures » de Romane Butin et Frédérique Triballeau a remporté le Prix spécial du jury Vivendi-Sciences Po pour l'Innovation RSE des médias ex-aequo avec « Iroko » de Khadim Rassoul Fall.

Installés sur le canapé, le grand-père regarde son petit fils, ébahi devant le poste de télé, après avoir visionné la dernière nouveauté de la production nollywoodienne. Le jeune homme observe tout sourire le dos de la cassette, relisant le nom des acteurs et déclare avec élan à son grand-père :

“Tunde Kelani, ça c’est un exemple que j’aimerai suivre !”

Son grand-père le dévisage, levant les yeux au ciel et lui rétorque :

“Tu rigoles j’espère!? Tu as bien vu la qualité de ce genre de film, elle est déplorable! Finalement, les mille cinq cents films produits par an sont complètement jetables!

-Mais grand-père, rends toi bien compte que ce sont quand même mille cinq cents films réalisés avec de si petits moyens. Tous ces films sont produits sans aucune aides financières extérieures, ni de l’Etat, ni des pays du Nord. Cette production est artisanale et 100% africaine. On n’arrête pas de soulever le problème du chômage au Nigéria, mais Nollywood a permis la création de deux cent mille emplois et un million par extension ! C’est un véritable modèle économique unique en son genre : Nollywood est le premier producteur mondial de longs métrages dont le chiffre d’affaires équivaut à 300 millions d’euros.”

Le grand-père acquiesce sur plusieurs points, mais son léger sourire ironique montre bien qu’il n’est pas encore convaincu :

“L’économie ne fait pas du cinéma. A cause de la piètre qualité de ces films, la culture nigérianne est mal considérée, alors qu’elle avait connu un essor avec Ola Balogun dans les années 70s-80s. Comme son film Alpha, le tout premier long métrage Nigérian… Et puis, tu vois, une fois que l’on regarde un film, on connaît déjà tous les autres. L’originalité n’est pas de mise, avec ces meurtres à répétition, ces femmes torturées d’amour et la banalisation de l’infanticide : il n’y vraiment aucun respect des moeurs dans cette nouvelle génération!

-Certes, je comprends ton point de vue, grand-père. Cependant les réalisateurs osent exprimer les travers de la société sans tabous et s’émancipent de la propagande gouvernementale. Ces films sont aussi un facteur de succès auprès de la diaspora nigérianne. Tu parais étonné… Laisse-moi t’expliquer. C’est grâce au streaming. Regarde, Jason Njoku a crée la chaîne YouTube NollywoodLove. Cette chaîne est visitée par un million d’internautes par mois, dont quatre-vingt dix pourcent du trafic provient hors de notre continent. C’est une véritable internationalisation de notre culture ! En plus de cela, alors que Nollywwod est souvent critiqué pour copier les films hollywoodiens et donc américains, Jason Njoku a inauguré son propre site Iroko Partners. Ce site est maintenant totalement indépendant de YouTube.”

Alors que le jeune homme s’enflamme, son grand-père lui empoigne l’épaule et lui répond froidement :

“Avant de parler internationalisation, pense à ton propre pays ! Nollywood n’est pas si homogène. Regarde la concurrence que cela engendre entre les différentes ethnies. Certains disent qu’il y aurait plus de films Ibowood que Nollywwod. Il faut voir la réalité en face. Nollywood n’est pas facteur de cohésion sociale.

-Même si la cohésion n’est pas unanime, il n’empêche que c’est une fierté partagée.

Au Nord, l’application stricte de la charia avait entraîné l'interdiction de tout film. Pourtant en 2008, le scandale d’une star nigérianne qui devait tourner dans un film a eu un tel succès sur internet que l’interdiction de tournage pour cette vidéo haoussa a été levée. Cela montre bien que Nollywood pousse à plus de liberté d’expression pour tous. En effet de nombreux films sont produits en langue locale, même si la majorité reste réalisée en anglais.

-J’entends bien tout ce que tu me dis là… Mais vois-tu, le principal problème de cette production est bien le moyen de diffusion de ces films : il est basé sur le piratage. Comment veux-tu que le Nigéria avance en étant dans l’illégalité ? Cela n’apporte aucun retours financiers à l’Etat, qui ne peut donc pas redistribuer les profits de cette richesse créée par un nombre restreint de personnes privées. On ne peut alors rien réinvestir, ni dans le développement, ni dans la création d’emploi, ni dans la culture…Cela n’a aucune postérité,” finit le grand-père.

Pourtant le petit-fils, plein d’entrain, regarde son grand-père avec une détermination fougueuse :

“Non, je ne suis pas d’accord, car vois tu, cela commence tout juste… Il faut laisser sa chance à Nollywood : il fallait bien partir de quelque part, peu importe si les moyens étaient faibles ! Il me semble que Nollywood est entrée dans une période de transition. On voit l’émergence de plusieurs cinéastes prometteurs, comme Tunde Kelani, Tade Ogidan ou Izu Ojukwu. De plus, le Nigéria, par son nombre d’habitants et par sa forte croissance économique, a vraiment un rôle de leader à jouer, et cela passe aussi par la culture, son soft power! D’ailleurs, j’ai vu un film dernièrement en provenance du Sénégal qui m’a interpellé. J’ai donc fait des recherches, et devine quoi ? Un véritable Senlywood se crée, tout comme c’est le cas pour le Ghana. Nollywood n’est qu’un début, ce n’est qu’une graine dont les racines vont faire fleurir toute la diversité de la culture africaine.

-… Peut-être, tu me fais réfléchir. Comme le dit un certain proverbe : “Si tu veux aller vite, marche seul, mais si tu veux aller loin, marchons ensemble.”

FIN

Bibliographie :

-Site d’InaGlobal articles sur Nollywood
-Site de Socialnetlink, plateforme de nouveaux médias et actualités technologiques au Sénégal
-Site d’Africultures 
-Témoignages de nos camarades nigérians

Passionnée de peinture, dessin et arts plastiques, Romane Butin a vécu neuf ans au Maroc et, le temps d’un échange scolaire, en Australie avant d’intégrer le Programme Europe-Afrique de Sciences Po. Elle a créé l’antenne de Reims de l’association « Coexister », qu’ elle préside. Ce mouvement interconvictionnel rassemble des jeunes, croyants et non croyants, qui agissent pour la promotion de la coexistence active et du vivre-ensemble.

Etudiante du Programme Europe-Afrique de Sciences Po, Frédérique Triballeau est très investie dans le milieu associatif. Sa passion pour le théâtre l’a amenée à être à l’initiative de cours d’impro à Sciences Po. Elle a également été responsable jeunesse de l'association « Nantes-Gaza-Jérusalem », où elle a mis en place un échange entre un lycée de Blain et un lycée palestinien. Frédérique préside deux associations : « Education et Questions Africaines » et « Nuances de Gauche », association qui sensibilise à la politique et promeut le débat sur le campus rémois de Sciences Po.  

 

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17 décembre 2015

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Iroko

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